Sous la pluie au Mont Takao

Vendredi 26 août, 21h32. Le plan pour demain est d’aller en train à Kamakura (environ une heure de Tokyo), pour passer la journée à la plage.

Samedi 27 août, 10h27. Il pleut à Tokyo. Coup d’oeil sur la météo : il pleut à Kamakura, et ce sera pareil toute la journée. On passe donc au plan B : plutôt que passer la journée sous la pluie à la plage de Kamakura, nous allons passer la journée sous la pluie au Mont Takao. Anecdote passionnante : nous avons entendu parler du Mont Takao dans un épisode de la série de télé-réalité japonaise Terrace House, sur Netflix. Série dont on reparlera sans doute un de ces jours ici.

12h40. Départ de la gare tentaculaire de Shinjuku (quartier ouest de Tokyo), dans un train bondé. La ligne relie Tokyo à Takaosanguchi, la ville où se trouve le Mont Takao, en à peu près 45 minutes. Selon la légende (mais c’est peut-être vrai, vu la proximité tokyoïte), le Mont Takao serait la montagne la plus visitée au monde (enfin, une montagne qui reste modeste – elle culmine à 599,15m).

Au départ, on se dit que tous ces gens qui nous empêchent de nous asseoir partent comme nous en excursion là-bas, malgré la pluie. Mais la densité des passagers diminue au fur et à mesure que le taux de verdure visible par les fenêtres du train augmente. De gare en gare, assez rapidement, nous obtenons 2, 3 puis 4 sièges. Peu après, les 4 sièges sont contigus. A la gare suivante, la rangée latérale complète de 8 sièges est à nous. Des places libres à ne plus savoir qu’en faire. A l’arrivée, nous ne sommes plus que 5 dans notre voiture – dont nous 4. Le quai de la gare est pratiquement désert.

Le quai à l'arrivée. Ambiance de ouf.
Le quai à l’arrivée. Ambiance de ouf.

L’ambiance visuelle fait un peu penser à notre arrivée à la gare desservant le Mont Koya, lors de nos vacances au Japon en 2008. En sortant de la gare, on voit que la pluie est bel et bien présente. Toutes les personnes visibles, qui reviennent de leur excursion ou qui s’apprêtent à partir, sont hyper-équipées : ponchos par dessus les coupe-vent, chaussures de randonnée, sacs à dos de compétition, couvre-chefs…

Mais ne paniquons pas tout de suite, nous qui sommes venus ici comme on va faire ses courses à Shinjuku, avec 3 parapluies et 1 k-way H&M taille 6 ans comme seul équipement. Direction le centre d’information pour les visiteurs, judicieusement positionné à la sortie immédiate de la gare. Le guichetier semble nous prendre pour des amateurs : pour monter la première partie de Takaosan, le visiteur a le choix entre des télésièges, un funiculaire, et un chemin de 50 minutes à pied. Il ne nous parle même pas de cette dernière option. Quoi, c’est parce qu’on est en t-shirts, avec des petites baskets, et les enfants en sandalettes ? Mec, on n’a pas peur : on va le monter intégralement à pied, ton Mont chaud Takao.

Version courte si vous avez la flemme de lire la suite (mais regardez au moins les photos, sinon c’était pas la peine de venir ici) : malgré l’histoire du mec qui nous a pris pour des débutants avec ses téléphériques, le Mont Takao c’est vraiment très chouette. La montée en piéton intégral se fait très bien, même sous la pluie. Cette dernière renforce d’ailleurs l’ambiance visuelle, créant des nuages d’évaporation au dessus des arbres, des reflets sur les pierres et les chemins, et rendant les verts des arbres plus vert et les rouges des temples plus rouges. Elle permet en outre de réduire très sensiblement la densité de visiteurs, rendant la visite très tranquille, alors que nous étions un samedi, en août et en plein après-midi.

L’ascension (et la descente) offrent au visiteur plusieurs options, avec différents parcours correspondants à différents thèmes, différents niveaux de difficulté et différents points d’intérêt (la chute d’eau avec l’occasionnel bonze en train de prier, l’arbre géant aux racines qui ressemblent à des tentacules de poulpe, l’escalier aux 108 marches…). Comme un bon jeu vidéo d’aventure, on peut refaire le Mont Takao plusieurs fois, en variant les approches et découvrant des bonus différents. Sur le chemin que nous avons utilisé, nous avons par exemple trouvé une zone secrète, en marge de la route principale, accessible par une porte magique (sans déconner, voir image ci-dessous), donnant sur un petit sanctuaire orné de multiples statues. L’espace d’un instant, on se croirait dans Indiana Jones, Zelda ou Uncharted. Impression cinématrographique ou vidéoludique renforcée par la pluie qui ajoute à la dramaturgie de cette surprenante découverte.

Plusieurs bâtiments religieux ponctuent ainsi le parcours vers le sommet, alternés avec quelques boutiques traditionnelles de porte-bonheur et trucs à grignoter, dont des boulettes de pâte de riz caramélisée au feu de bois que nous n’avons malheureusement pas pu goûter, le stand étant fermé quand y parvint. A plusieurs reprises, on croise deux tengu – sortes d’hommes oiseaux considérés à la fois comme des dieux shinto et comme des yokaï. Ils sont représentés sous différentes formes – statues géantes réalistes, statues plus petites et plus caricaturales, dessins… L’un a le nez pointu, l’autre a le nez arrondi, et ils sont visiblement tous les deux gardiens du Mont Takao, ou un job dans le genre.

Pour le retour vers la gare, on opte pour un chemin plus aventureux que celui pris à l’aller. Nous voilà embarqués sur une piste étroite, plus boueuse que le chemin empierré de l’ascension, qui sinue dans la forêt et au milieu des reliefs du Mont Takao. Attraction principale de cet itinéraire : un pont suspendu, étroit mais trop stable et aux planches trop rapprochées pour réellement donner le vertige (pourtant j’ai très facilement le vertige).

Seule question à la fin de cet excellent après-midi passé à monter et redescendre le Mont Takao : pourquoi n’y sommes nous pas venus plus tôt, lors de nos précédentes vacances à Tokyo ? Ca vaut vraiment le déplacement, c’est immédiatement accessible depuis Tokyo, et c’est faisable en famille. Au total, la montée a nécessité environ 2 heures (compter la moitié si vous utilisez le cheatcode du funiculaire), et la descente environ 1h30. Il est possible de passer davantage de temps sur place, notamment en prenant une entrée pour le petit parc de singes présent sur le Mont, ou en testant des parcours plus difficiles. Pour les hardcore gamers, il est également possible, une fois l’ascension terminée, d’enchaîner sur un autre chemin de randonnée, niveau de difficulté 5 (sachant que la montée à pied du Mont Takao est au niveau 2), d’une durée de 5h30, et reliant trois autres monts.

Même pas peur

Et sinon, si c’est vraiment pas votre truc, vous avez aussi à Takaosanguchi le musée du trompe-l’oeil, dont on comprend à la seule vue de son extérieur qu’il est un monument de kitschitude qui vaut sans doute lui aussi le coup d’oeil. Mais pas aujourd’hui, parce qu’on est trempés et qu’on veut rentrer à Tokyo pour se sécher.

Comments

  1. Jessica says:

    Bonjour et merci pour cet article ! Vous souvenez-vous par hasard du numéro du sentier avec le pont suspendu ! Nous aimerions beaucoup le faire lors de nos vacances au Japon. Merci d’avance, Jessica

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